Nafissatou Dia Diouf est une écrivain sénégalaise née le 11 septembre 1973 à Dakar, d’un père diplomate et d’une mère professeur. Cette dernière la pousse très tôt vers la lecture.
La semaine passée, dans une ambiance amicale, Nafissatou Dia Diouf a présenté un récital de poésies. L’objectif de cette soirée poétique était de se retrouver sur scène avec ses amis écrivains ; mais aussi « d’attirer des personnes qui connaissent pas ou peu la poésie pour leur faire découvrir ses merveilles ».
Entretien.
Orange-info.sn : Dernièrement, vous avez participé à un récital de poésie en musique, nous n’étions pas habitués à voir Nafissatou Dia Diouf dans ce genre de registre. Qu’est-ce qui explique ce changement ?
Nafissatou Dia Diouf : La poésie constitue justement mes premières amours et je pourrais dire même qu’elle sous–tend toute mon œuvre littéraire. C’est quelque chose de plus confidentiel en ceci que j’écris le plus souvent pour moi et que jusque là, je n’ai publié qu’un seul recueil de poésies, « Primeur » aujourd’hui épuisé.
Orange-info.sn : Le récital s’est-il bien déroulé ?
Nafissatou Dia Diouf : Le récital s’est très bien passé. Il s’est déroulé dans le cadre enchanteur du patio du Kadjinol Station, avec en accompagnement musical, le très talentueux Baboulaye Cissokho à la kora et de très nombreux amis poètes ou amateurs de poésie. Pendant près de deux heures, nous nous sommes relayés sur la scène pour déclamer, à plusieurs voix, les coups de cœur de chacun dans le recueil « Primeur ».
Orange-info.sn : Nafissatou Dia Diouf, c’était plutôt la littérature pour enfants, les nouvelles…
Nafissatou Dia Diouf : C’est effectivement tout ceci et bien d’autres choses encore. Je suis écrivain éclectique et curieuse ce qui me fait explorer plusieurs genres. Je déteste par contre qu’on me catégorise. Je suis un écrivain, point. Je n’ai pas de prédilection, j’aime les mots, les idées, les images.
Orange-info.sn : La poésie, est-ce une forme de maturité pour vous ?
Nafissatou Dia Diouf : Oui et non. S’il s’agit de mes premières amours, je dois admettre que ma poésie d’aujourd’hui a évolué. Elle est sans doute plus profonde, moins naïve, mais aussi moins spontanée. C’est le revers de la médaille. Grandir implique forcément perdre de sa candeur…
Orange-info.sn : Qu’est-ce qui explique cette passion pour la poésie
Nafissatou Dia Diouf : La poésie permet à nous autres adeptes de ce genre d’exprimer des émotions, des passions un peu hors du carcan de l’écriture conventionnelle et de la prose. La poésie offre une certaine liberté. Elle donne des ailes à ceux qui l’écrivent ou la lisent…
Orange-info.sn : Arrivez-vous à atteindre vos cibles avec la poésie ?
Nafissatou Dia Diouf : Malheureusement, je dirai qu’elle reste un genre d’initiés, à mon grand dam. C’est un peu l’objet de ce genre de récital, d’attirer des personnes qui connaissent pas ou peu la poésie pour leur faire découvrir ses merveilles. Le résultat est mitigé, surtout pour les adultes. Peut-être qu’ils sont trop englués dans les soucis quotidiens pour pouvoir réellement s’en extraire et entrer dans la dimension du rêve.
Orange-info.sn : Hormis « Mame Sédar », un hommage au défunt Président Poète, quels sont les autres thèmes que vous abordez dans vos poèmes ?
Nafissatou Dia Diouf : J’ai écrit plusieurs poèmes sur Senghor, qui reste ma référence et mon mentor. Hormis les hommages (à ma mère, à mes enfants, à des lieux que j’ai aimés), je chante beaucoup l’amour, évidemment mais aussi des choses plus tristes voire révoltantes telles que la guerre en Palestine, l’esclavage etc.
Orange-info.sn : Que pensez-vous de la littérature sénégalaise ?
Nafissatou Dia Diouf : La littérature au Sénégal a besoin d’être redynamisée. C’est ce qu’on tente modestement de faire avec ce genre d’initiatives et celle de beaucoup d’autres initiatives de mes confrères et consœurs au Sénégal. Il est regrettable de constater que les Sénégalais lisent de moins en moins et c’est une part de rêve, de connaissance et de loisirs enrichissants qui leur échappe ainsi. Mes concitoyens sont plutôt dans une dynamique de consommation de l’immédiat, du facile et du « prêt-à-penser » tel que les séries sud américaines, les clips, bref, que des choses culturellement éloignées de nous. Je trouve cela navrant. C’est toute une génération d’intellectuels qu’on tue dans l’œuf. Senghor serait triste de voir cela…
Orange-info.sn : Mariée, mère de trois enfants, vous trouvez le temps de vous exprimer artistiquement. Vous vous y prenez comment ?
Nafissatou Dia Diouf : En tentant d’être organisée et de ne rien léser, surtout pas mes enfants. Ce qui fait que mes projets littéraires ont beau être nombreux, j’ai beau avoir dix nouvelles idées par jour, je suis obligée d’aller à mon rythme, c'est-à-dire trop lentement à mon goût. Mais c’est un choix et tout choix est sacrifice.
Ça doit être compliqué ?
Assez compliqué, en effet. Mais j’admets que je ne saurais pas vivre autrement.
Orange-info.sn : Nafissatou Dia Diouf travaille-t-elle sur un nouveau projet, un nouveau livre ?
Nafissatou Dia Diouf : Oui, je viens de terminer un projet qui m’a pris deux ans, et j’entame actuellement la rédaction d’un nouveau roman.
Orange-info.sn : Et ce nouveau livre parle de ?
Nafissatou Dia Diouf : Je préfère vous en réserver la surprise.
Orange-info.sn : Le titre ?
Nafissatou Dia Diouf : Surprise aussi !
Orange-info.sn : Rappelez un tout petit peu votre parcours aux internautes ?
Nafissatou Dia Diouf : J’ai commencé à publier il y a une dizaine d’années. D’abord des nouvelles, comme vous l’avez souligné, ensuite de la poésie et plusieurs ouvrages en littérature jeunesse. Mes expériences romanesques sont en cours d’édition. En tout, ma bibliographie est forte de six ouvrages individuels et de sept ouvrages collectifs.
Orange-info.sn : Si vous aviez à écrire un livre sur vous, vous commenceriez par quoi ?
Nafissatou Dia Diouf : C’est une expérience que je n’aurais pas la prétention de faire avant soixante ans. Et encore, si j’estime que mon parcours ou mon témoignage de mon temps puisse avoir un quelconque intérêt pour les lecteurs ! Pour l’instant, je me limite à la fiction et je dois admettre que les sujets sont presque intarissables.
Orange-info.sn : Votre enfance, votre travail, la naissance de vos enfants… vos meilleurs souvenirs ?
Nafissatou Dia Diouf : Du point de vue littéraire, mes meilleurs souvenirs sont sans doute la rencontre avec des écrivains mythiques comme Nadine Gordimer, Nouridine Farah, Erik Orsenna ou encore André Brink ou avec des écrivains plus contemporains tels que Alain Mabanckou, Fatou Diome, etc. Ces rencontres se font le plus souvent à l’occasion de salons internationaux et chaque fois c’est un enrichissement incommensurable.
Orange-info.sn : Les prochaines dates de vos spectacles (Agenda Nafissatou Dia Diouf) ?
Nafissatou Dia Diouf : J’essaierai de renouveler ce genre d’expérience aussi longtemps que le public le demande mais il faut savoir que ce dont nous avons le plus besoin, nous écrivains, c’est de calme et d’isolement pour écrire. La création littéraire est aussi exaltante qu’elle est longue et douloureuse et pour cela nous avons besoin d’entrer dans notre bulle.
Orange-info.sn : Votre mot de la fin ?
Nafissatou Dia Diouf : Le mot de la fin sera un appel à lecture pour tous les jeunes. Nous sommes en train de sacrifier toute une génération qui grandit hors de son cadre culturel naturel et donc qui s’appauvrit sans en avoir conscience. L’accès à la connaissance et aux loisirs livresques devraient être aussi primordiaux que l’accès à l’eau ou aux soins médicaux. Il est temps de remettre le livre au centre de notre système éducatif.
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